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Duanama

Comme une mémoire de pierre

DUANAMA revêt une importance capitale pour la survie de la culture kogi. C'est sur cette terre que leurs ancêtres, les Tayronas, l'une des plus grandes sociétés précolombiennes du continent sud-américain, ont laissé sous forme de sculptures l'essentiel de leur héritage.

duanamaPour un visiteur non averti, Duanama n'est rien d'autres qu'une banale zone archéologique composée de plusieurs pierres couvertes de sculptures. Pour les Kogis, en revanche, c'est là que se trouvent conservées et expliquées l'histoire et les origines de la vie. Ce lieu, qui peut être compris et interprété comme une représentation symbolique de l'univers, représente la terre au coeur du cosmos. Cet aussi un espace qui, d'après les Kogis, structure les multiples forces dont l'interaction génère la vie.

L'une de ces pierres, la plus grande, est taillée d'un seul côté sur environ 40 % de sa surface. Elle symbolise un temple ou "Nuhé". Selon les premières informations recueillies auprès des Mamus (autorités spirituelles de la communauté kogi), la partie sculptée représente la partie illuminée par le soleil. La partie non sculptée, quant à elle, représente la nuit, l'obscurité, et dans l'obscurité, il est impossible de lire. Les informations spécifiques, qui correspondent à la nuit, sont réparties sur un ensemble de pierres de plus petite taille, qui symbolisent les étoiles réparties autour de la "terre". De fait, le site de Duanama peut être considéré comme une sorte de "bibliothèque de pierres" où se trouve stockées la mémoire et la culture de la société kogi.

duanama02Cette "bibliothèque" contient des informations sur la création du monde, sur les règles de la nature qui doivent régir la vie des Kogis, des règles sur la base desquelles il leur est possible d'interpréter et d'envisager le futur. C'est bien d'écriture et de mémoire dont il est question ici ; une écriture vitale pour le peuple kogi, mais aussi pour nos sociétés post-modernes qui pourraient trouver là une prodigieuse source d'informations à même d'interroger et d'enrichir notre vision du monde.

Aujourd'hui, seuls quelques Mamus connaissent et peuvent encore interpréter le sens de ces sculptures, de cette "écriture" traditionnelle. Agés, ils peuvent décéder à tout instant. Ils emporteraient avec eux des savoirs et des connaissances qu'ils n'auront pu partager et transmettre. Les Kogis, conscients de la fragilité de la situation, craignent que la lumière qui illumine encore leurs sculptures s'éteignent doucement, entraînant les hommes dans le chaos et l'obscurité.